Conférence du 8 décembre – La police de sécurité du quotidien: Déclaration de Monsieur David Puaud

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David Puaud s’est exprimé en qualité d’anthropologue et éducateur spécialisé, fonction qu’il a exercée pendant dix ans en tant qu’éducateur de rue dans un quartier populaire de Poitiers. Diplômé de l’EHESS Paris, il est également rédacteur pour le blog « Délinquance, justice et autres questions de société » du sociologue Laurent Muchielli. Il a rédigé une thèse portant sur l’analyse des enjeux symboliques liés à l’explication d’un crime par la biographie psychosociale d’un individu marginal lors d’un procès d’assises. Les éditions La Découverte publieront prochainement son ouvrage intitulé : Monstre humain ? un anthropologue face à un crime sans mobile. Les thèmes de recherche de David Puaud s’inscrivent dans le champ de la gestion de marges urbaines. Il s’intéresse notamment à la disponibilité biographique au sens de ressorts psycho-sociaux, territoriaux, géopolitiques des individus pouvant se projeter de manière plus ou moins consciente comme sujet « violent », mais également à l’articulation entre Etat social et pénal.

Nous vous invitons à consulter plus en détail la fiche biographique de notre intervenant que nous présenterons sur les réseaux sociaux de notre association. Nous mettrons en lien sur notre site le lien de l’auteur également secrétaire de l’association française des anthropologues : afa.msh-paris.fr

Après s’être présenté, David Puaud s’est exprimé sur le contexte général et politique qui sous-tend également selon lui le retour de la question de la police de sécurité du quotidien. Il a ensuite développé la problématique plus spécifique de la collaboration entre travailleurs sociaux et forces de police.

Dans un premier temps, comment David Puaud intègre la question de la police de sécurité du quotidien dans sa réflexion générale relative à la gestion des marges urbaines ? David Puaud propose une chronologie interprétative des évènements qui ont amené sur le court et moyen terme, l’annonce de création de cette nouvelle police.

L’origine de ce projet est fondée sur le paradoxe des années Jospin : d’un côté volonté de rapprochement avec la population avec la création d’une police de proximité, de l’autre amorce d’un tournant dit sécuritaire amorcé par le discours de Villepinte (« des villes sûres pour des citoyens libres »). David Puaud appréhende les années Chirac et la politique du Ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, comme un renforcement de l’impératif sécuritaire. La suppression de la police de proximité en 2003 incarne par exemple ce choix. Par la suite, ce « tournant sécuritaire » n’a eu de cesse de se renforcer. Selon David Puaud, celui-ci a notamment été renforcé par l’utilisation d’une sémantique dénonçant par exemple, « des policiers de proximité sympathiques jouant au football », mais également l’emploi de termes tels que « Karcher », « racaille ». David Puaud observe aujourd’hui le basculement de la figure du jeune « racaille » dit délinquant vers celle du jeune « radical » au potentiel criminel dans un contexte d’aggravation du risque terroriste.

David Puaud ne souhaite pas minimiser ou relativiser la question des radicalisations. Simplement, il souhaite interpréter ces évènements à travers la distinction, dégagée notamment par Laurent Muchielli, entre d’un côté expérience réelle de violence et de l’autre crainte de victimation.

Cela amène pour David Puaud à réfléchir sur ce que le philosophe Etienne Balibar appelle les « stratégies de civilité » au sens d’actions, dispositifs mises en place par les acteurs sociaux de proximité permettant d’atténuer, de créer une politique dites « anti-violente ».

Pour David Puaud, cette Police de sécurité du quotidien s’inscrit dans cette stratégie de civilité, de prévention éducative et sociale de la violence. Cela peut et doit s’appliquer concrètement sur le terrain, à l’opposé d’une lutte dictée par l’urgence. David Puaud rappelle que depuis les émeutes de 2005 et davantage encore depuis l’aggravation du phénomène terroriste, le travail social se retrouve fortement remanié en intervention sociale et/ou urgence sociale. A l’heure où, d’un côté, il y a une suppression de fonds publics notamment liés aux collectivités territoriales (par exemple en l’espace de quelques années le nombre de PMI des Yvelines est passé de 55 à 22), de l’autre côté, il existe des enveloppes conséquentes fléchées notamment dans le cadre du Fonds Interministériels de la délinquance et de la radicalisation (FIPDR). Il souligne également la problématique du secret professionnel des travailleurs sociaux exerçant dans le cadre du secteur de la protection de l’enfance remis en cause notamment en France et en Belgique dans un contexte terroriste aggravé.

David Puaud minore de fait l’opposition d’idées entre travail social et sûreté sociale lorsqu’une volonté commune est donnée à la prévention du risque. Cette collaboration est déjà effective, mais néanmoins négociée du fait de certaines limites éthiques et liées à des enjeux de sécurités pour les professionnels sur le terrain. Les travailleurs sociaux sont représentés dans maintes cellules préfectorales et échangent avec les autorités. Ils concourent ensemble à la prévention du passage à l’acte. Néanmoins, le travail social, son financement et sa collaboration avec les forces de l’ordre, doivent être redéveloppés au-delà du contexte de la radicalisation.

De manière globale, David Puaud soutient l’initiative de la réhabilitation de la « police de proximité » notamment dans l’objectif de combler les écarts « relationnels » entre les forces de sécurités » et notamment les jeunes en situation de marginalité plus ou moins avancée.


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