En bref
- Un particulier ne peut filmer que sa propriété : ni la rue, ni le trottoir, ni le terrain du voisin, ni les parties communes d'une copropriété.
- Un portail donnant sur rue se filme en cadrant l'accès seul, en masquant la portion publique — la plupart des caméras proposent une fonction de masquage.
- Si vous employez quelqu'un à domicile, vous devez l'informer de la présence de la caméra.
- Techniquement, ce qui compte n'est pas la résolution affichée mais le nombre de pixels par mètre à la distance que vous voulez couvrir.
La règle qui commande tout le reste tient en une phrase : chez un particulier, une caméra ne peut filmer que sa propre propriété. Ni la rue, ni le trottoir, ni le jardin d’à côté, ni le palier d’un immeuble. Cette limite n’est pas une formalité administrative — c’est elle qui décide de l’endroit où la caméra se pose et de l’angle qu’on lui donne.
Ce que vous pouvez filmer, et ce qui est fermé
Vous êtes libre de couvrir ce qui vous appartient : votre jardin, votre allée, votre façade, votre garage, votre terrasse, l’intérieur de votre logement.
Trois zones vous sont fermées, et pour des raisons différentes.
La voie publique. Rue, trottoir, place, parking public. Sa surveillance relève des autorités publiques, dans un cadre autorisé. Un particulier ne peut pas s’y substituer, même en invoquant des dégradations répétées.
La propriété du voisin. Son jardin, sa terrasse, ses fenêtres. Filmer autrui chez lui sans son accord porte atteinte à sa vie privée, et le fait que votre caméra soit installée sur votre terrain ne change rien à l’analyse : ce qui compte est ce qui entre dans le champ.
Les parties communes d’une copropriété. Hall, cage d’escalier, palier, parking commun, local à vélos. Elles ne vous appartiennent pas seul. Leur mise sous caméra relève d’une décision collective en assemblée générale, pas d’une initiative individuelle.
Le cas du portail : cadrer l’accès sans cadrer la rue
C’est la situation la plus fréquente et la plus mal traitée. Une maison dont le portail donne directement sur la voie publique : comment filmer l’entrée sans filmer la rue ?
Trois leviers, à combiner.
L’orientation. Une caméra placée derrière le portail, tournée vers l’intérieur de la propriété, cadre les personnes qui entrent sans cadrer celles qui passent. C’est le réglage le plus simple et le plus solide juridiquement, parce qu’il ne dépend d’aucun logiciel.
Le masquage. La quasi-totalité des caméras récentes permettent de définir des zones noircies dans l’image, appliquées avant l’enregistrement. On masque la portion de rue visible. Vérifiez ce point dans la fiche technique avant d’acheter : la fonction porte des noms variables, mais elle doit être appliquée à l’enregistrement, pas seulement à l’affichage.
La zone de détection. Distincte du masquage, elle limite la partie de l’image qui déclenche une alerte. Elle sert surtout au confort — sans elle, chaque piéton déclenche une notification — mais elle ne remplace pas le masquage, puisque la scène complète reste enregistrée.
Les personnes qui travaillent chez vous
Un point souvent ignoré : si vous employez quelqu’un à domicile — garde d’enfants, aide ménagère, jardinier, aide à domicile — vous devez l’informer de la présence des caméras, de ce qu’elles couvrent et de la durée de conservation des images.
Cette information ne se déduit pas d’une caméra visible : elle se donne, de préférence par écrit, au moment de l’embauche ou de l’installation. Et elle a une limite de fond : un dispositif ne peut pas placer un salarié sous surveillance permanente à son poste de travail. Filmer l’entrée d’une maison est légitime ; filmer en continu la cuisine où travaille une aide ménagère ne l’est pas.
Ce qui compte techniquement : les pixels par mètre, pas la résolution
Le marketing vend des résolutions. Ce qui détermine si vous pourrez reconnaître quelqu’un, c’est la densité de pixels sur la scène, c’est-à-dire le nombre de pixels disponibles par mètre de largeur filmée à la distance visée.
Une caméra 4K braquée sur un jardin de vingt mètres de large donne une image moins exploitable qu’une caméra 1080p cadrée serré sur une allée de trois mètres. L’ordre des opérations est donc inverse de l’habitude : on définit d’abord ce qu’on veut voir et à quelle distance, puis on choisit l’angle, et la résolution en découle.
Trois niveaux d’exigence, utiles à distinguer :
- Détecter qu’une silhouette est présente : peu exigeant, la plupart des capteurs suffisent.
- Reconnaître une personne déjà connue : intermédiaire.
- Identifier un inconnu, avec une image utilisable par les forces de l’ordre : très exigeant, et cela suppose une caméra cadrée sur un passage obligé et étroit — une porte, un portillon, un couloir — plutôt qu’une vue d’ensemble.
Une installation utile comporte souvent une caméra de vue générale, à faible exigence, et une caméra cadrée serré sur l’accès principal.
Nuit, alimentation, stockage : les trois choix qui se regrettent
La vision nocturne. Deux technologies coexistent. L’infrarouge éclaire la scène sans lumière visible et rend une image en noir et blanc ; c’est fiable, mais l’infrarouge se réfléchit sur les vitres, la pluie et les toiles d’araignée, ce qui voile l’image. Les caméras dites à vision nocturne couleur combinent un capteur plus sensible et un éclairage visible : l’image est plus riche, mais elle suppose une source de lumière, donc une consommation et une gêne éventuelle pour le voisinage.
L’alimentation. Une caméra sur batterie s’installe partout et se recharge tous les deux à six mois selon l’activité. Une caméra alimentée par câble réseau ne se recharge jamais et reste disponible en permanence, mais impose de tirer un câble. Le confort d’installation se paie en maintenance récurrente.
Le stockage. Trois options, et le critère qui les départage n’est pas le prix.
| Stockage | Ce que ça coûte | Le risque à connaître |
|---|---|---|
| Carte mémoire dans la caméra | rien après l’achat | la caméra volée emporte les images |
| Enregistreur local | 150 à 500 € | à placer hors de vue, sinon même risque |
| Cloud avec abonnement | 3 à 15 €/mois par caméra | les images survivent au vol, mais dépendent du service |
C’est le seul poste où le scénario à anticiper est précis : on vole d’abord la caméra. Un enregistrement qui ne survit pas au vol de l’appareil ne sert à rien le jour où il servirait.
Un vérificatif avant de percer le mur
Avant de fixer quoi que ce soit, quatre points se contrôlent en cinq minutes, et évitent l’essentiel des litiges.
- Ce qui entre dans le champ. Regardez l’image de prévisualisation depuis l’emplacement envisagé, pas le plan. Une rue apparaît souvent dans un coin qu’on n’avait pas prévu.
- Le masquage effectif. Vérifiez qu’il s’applique à l’enregistrement, en relisant un fichier enregistré, pas seulement le flux en direct.
- L’indice de protection. Pour un usage extérieur exposé à la pluie, un indice IP65 ou supérieur, indiqué en clair sur la fiche produit.
- L’information des personnes concernées. Si quelqu’un travaille chez vous, l’information se donne avant la mise en service.
Questions fréquentes
Puis-je filmer le trottoir devant chez moi ?
Non. La voie publique ne peut être filmée que par les autorités publiques, dans un cadre autorisé. Un particulier qui cadre la rue s'expose à une plainte et à une demande de retrait, y compris si son intention est défensive. La caméra doit être orientée et, au besoin, masquée pour ne couvrir que votre propriété.
Mon voisin a une caméra qui filme mon jardin, que faire ?
Commencez par une demande écrite de réorientation, en recommandé, qui vaudra preuve. Sans effet, la CNIL peut être saisie et le juge civil peut ordonner le retrait ou la réorientation. Filmer la propriété d'autrui sans son accord constitue une atteinte à sa vie privée, et le fait que la caméra soit installée sur un terrain privé n'y change rien.
Faut-il déclarer une caméra à la CNIL quand on est particulier ?
Non, tant que le dispositif reste strictement domestique et ne filme que votre propriété : cet usage privé échappe aux obligations déclaratives. En revanche, dès que la caméra dépasse vos limites ou sert un usage professionnel, cette exception ne s'applique plus et les obligations complètes reprennent.
Combien de temps peut-on garder les enregistrements ?
Il n'existe pas de durée imposée à un particulier pour un usage strictement domestique, mais la pratique recommandée est de ne pas dépasser un mois. Au-delà, on constitue un historique sans usage réel, qui devient un risque en cas de litige ou de piratage du système.
Sources et méthode
- Doctrine publiée par la CNIL sur les dispositifs de vidéosurveillance chez les particuliers
- Documentation technique des fabricants sur les capteurs, la vision nocturne et les indices de protection