De la sécurité des stades en France

De la sécurité des stades en France
Par Stéphen de Mascureau, promotion 2013-2014

 

Les événements tragiques de novembre dernier, viennent nous rappeler que notre pays est une cible privilégiée des terroristes de l’État Islamique. Les attaques aux abords du stade de France suscitent de nombreuses interrogations. Il est question ici de les soulever et d’alimenter le débat actuel autour de la sécurité autours des manifestations sportives, notamment celles de l’Euro 2016. Car si la France dispose de grands stades, aménagés dans le but d’accueillir un public venu en nombre. Tous les dispositifs sont axés sur la communication, le spectacle auquel assiste le spectateur. Celui-ci oublie le plus souvent les moyens mis en place afin d’assurer sa sécurité. Ceux-ci sont nombreux et doivent être entretenus et modernisés pour répondre à une volonté de performance en vue de l’Euro 2016 en France.

 

Des dispositions propres à chaque enceinte sportive

 

En France, si plusieurs clubs de football investissent dans la création d’un stade, ces derniers appartiennent majoritairement aux collectivités territoriales qui les louent ou qui établissent un partenariat public-privé. Ce dernier est un contrat long par lequel une personne publique attribue à une entreprise privée une mission globale de conception, de réalisation, d’entretien, de maintenance et d’exploitation des infrastructures. La sécurité des stades est réalisée par un service interne au club, les forces de sécurité publiques sont quant à elles absentes de l’enceinte sportive, hormis les secteurs attribués aux supporters visiteurs. Elles sont chargées de la circulation, du contrôle de la voie publique et éventuellement du filtrage aux abords du stade. Ces forces de sécurité publique n’interviennent dans les tribunes que sur réquisitions à la demande de l’organisateur.

 

Les agents de sécurité privée ont un rôle déterminant, puisqu’il leur est accordée la mission de régulation des flux d’individus, qu’ils pratiquent par l’envoi de vagues de spectateurs. Ils ont également une mission de contrôle des billets, ainsi que d’orientation. Certains sont agrémentés pour réaliser les palpations de sécurité. Ces agents doivent être composés des deux sexes, afin d’éviter les plaintes. Leur rôle est essentiellement préventif, toutefois il leur est permis d’exclure physiquement une personne si celle-ci ne respecte pas les consignes internes du club. Par exemple le Paris Saint-Germain interdit le racisme, l’homophobie, les bagarres, l’alcool, les drogues, ainsi que de fumer à l’intérieur du stade. A chaque match au Parc des Princes, une dizaine de contrevenants sont ainsi exclus de l’enceinte et remis aux forces de l’ordre. Le stade est un lieu où les revendications sont possibles envers le club, le football, la politique sportive d’un gouvernement ; c’est une manifestation au sens large ! Tout n’est donc pas autorisé, les fumigènes sont interdits par exemple. Considérés comme des armes ou probables projectiles par les forces de sécurité, les supporters les voient comme des simples outils d’ambiance. Il en va de même pour les banderoles et les drapeaux qui sont interdits chez certains clubs qui pratiquent la  »tolérance zéro », craignant des caractères insultants 1.

Les grilles et Les billets

 

Il faut souligner les aménagements mis aux normes des services de sécurité publique et conformément aux dispositions du cahier des charges de la FIFA2. La sectorisation des tribunes, les places assises, la vidéosurveillance, le poste de commandement commun, le poste de police interne et les grilles amovibles s’inscrivent dans cette logique sécuritaire3. Toutefois, certains affirment que ces grillages auraient tendance à stigmatiser le spectateur et l’événement sportif. Ce débat a été réglé suite aux envahissements du terrain lors du match amical entre la France et l’Algérie. Les stadiers avaient été dépassés lors de ces mouvements de foules, les grilles amovibles séparant les tribunes du terrain de jeu constituent une véritable parade. Celles-ci peuvent être levées ou abaissées en fonction de la manifestation sportive et de ses figurants. Lors de la coupe du monde de 1998 en France, l’événement étant festif, dans un souci d’image les grilles étaient abaissées. Il est probable qu’il en soit de même lors de l’Euro 2016 en France. De plus, les grillages dans le secteur réservé aux supporters visiteurs doivent être dans une certaine mesure enlevés, ceci dans un souci de convivialité . Cet espace ne doit pas être perçu comme une cage inhospitalière. Tous les déplacements de supporters adverses doivent être encadrés ; le service interne des clubs est obligé d’engager un stadier pour cinquante individus. Lors des matchs, ces stewards sont présents dans les tribunes aux côtés des supporters qu’ils encadrent avec les forces de l’ordre public.

 

Pour les matchs à risques, les billets pour le secteur réservé aux supporters visiteurs sont nominatifs et individuels. L’idée de coupler l’achat du billet à la participation d’un déplacement organisé par le club soulève des difficultés parce que les supporters d’un club sont éparpillés sur l’ensemble du territoire, même la plupart sont concentrés dans la ville où est basé le club. L’identification de chaque supporter visiteur offre une alternative plus facile à mettre en place. Le risque n’est plus dans l’arrivée de groupes importants, mais lorsqu’un individu se déplace seul en ayant acheté son billet en dehors de toute organisation reconnue. Il peut ainsi se mélanger au public présent. Les abonnements à l’année sont également nominatifs. Commercialisés directement par le club, la carte d’abonné doit comporter la photo de l’individu à qui profite la place. Cette mesure veut éviter la commercialisation des abonnements à des supporters non souhaités au sein d’un événement sportif. D’autre part, l’achat de places est limité au nombre de quatre billets à un même nom. Ceci n’empêche pourtant pas un marché noir qui se développe autour des stades.

 

La transformation des stades

 

L’Euro 2016 en France constitue un enjeu d’envergure pour l’État, mais également pour les services internes de sécurité des clubs de football qui seront amenés à aider l’accueil et la gestion des supporters.

 

Dans le but de promouvoir une bonne image du pays, les dix enceintes sportives qui accueilleront les matchs de la compétition sont sujettes à de nombreuses rénovations dont le coût est pris en charge par les clubs et les collectivités territoriales. En travaux depuis six ans déjà, il ne reste plus que quelques mois pour rénover le parc de stades français et entrer dans les normes requises par l’UEFA. Dans cette dynamique, différentes villes non- hôtes, ont surfé sur cette vague afin de développer de nouvelles infrastructures de haute qualité. C’est le cas notamment de Grenoble, du Havre, de Le Mans, de Nice et de Valenciennes. Tous ces stades ont numérisé leurs infrastructures et notamment leur système de sécurité.

 

Aujourd’hui, les stades allemands sont des modèles par la manière dont ils sont exploités. Ces enceintes sportives ont inspiré certaines constructions françaises récentes. Désormais, nous revenons à un modèle d’infrastructures refermées sur elles-mêmes4, consolidé par l’apparition de toits, afin de limiter l’effet sonore aux abords du stade. Toutefois, il ne faut pas totalement copier notre voisin allemand, car la gestion du supportérisme n’est pas la même en France et donc la sécurité. Par exemple toutes les places, même celles dans les tribunes debout, doivent comporter des sièges numérotés, ce qui n’est pas forcément le cas en Allemagne5.

 

Ces propositions sont émises afin de remplir davantage les stades. Le PSG dans sa politique de transformation du Parc des Princes, veut se rapprocher du modèle anglais. Les premières places arriveront désormais plus près du terrain ; et par conséquent les fosses actuelles, séparant les tribunes de la surface de jeu, disparaîtront6.

 

L’apport de la numérisation

 

A l’ère du numérique, les nouvelles technologies au profit de la sécurité doivent être au cœur de la problématique du stade.

 

Parmi les secteurs liés à la sécurité des stades, la billetterie fait partie des systèmes à améliorer. Lille et Valenciennes commencent à exploiter la technologie Near Field Communication (NFC) qui permet le paiement sans contact par le biais d’une puce dans une clé USB ou téléphone portable. Mise en place depuis plusieurs années, cette technologie arrive à maturité maintenant. Avec les e-tickets, elle permet une meilleure vérification des identités, ainsi qu’une régulation plus fluide des individus par les portes d’entrée mécaniques du stade7.

 

Les nouvelles technologies numériques servent également dans le domaine de la sûreté des sites. Après le drame de Furiani, les enceintes sportives sont surveillées de façon permanente par leur maintenance et lors des mouvements de foules. Dans cette finalité, l’entreprise Centreon assure au consortium du Stade de France de disposer d’un référentiel technique et fonctionnel complet de supervision adapté, aux spécificités uniques du lieu. Elle permet ainsi, de veiller sur la capacité des travées à supporter le poids et les vibrations des spectateurs lors d’un match.

 

D’autre part, la numérisation des sites agit sur les installations des systèmes de vidéo-protection. Les caméras étant de plus en plus performantes, elles permettent d’identifier rapidement un individu par reconnaissance faciale. Dans un souci de  »technologisation » du contrôle, l’analyse des images envoyées est rendue plus facile, et par conséquent l’envoie et la résolution du problème par les forces de sécurité privée ou publique.

 

Le stade, cible terroriste

 

Les stades ont une capacité d’accueil des individus de plus en plus importante. Les grands matchs qui s’y déroulent se jouent au moins devant plus de 25 000 spectateurs. Ces enjeux sportifs sont retransmis sur les chaînes de télévisions privées et publics. Cependant, ces deux caractéristiques des manifestations sportives par leur affluence physique et virtuelle, font d’un match de football une cible terroriste. Outre les milliers de spectateurs touchés mortellement par l’explosion d’une bombe, des millions de personnes seront également marquées par les images et les revendications retransmises par les écrans télévisés. Afin d’anticiper ce type de difficulté, les pouvoirs publics mettent en place une véritable politique antiterroriste.

 

La gestion du risque terroriste repose en quatre étapes : son identification, son évaluation, sa maîtrise financière et opérationnelle. Cette dernière consiste à mettre en place des mesures de prévention et de protection qui dépendent d’une organisation8. Celle-ci doit donc examiner les spécificités du risque terroriste, puis d’une autre manière sa gestion, impliquant des structures situées au plus haut niveau de l’État organisateur.

Étudier les particularités d’un tel risque tient du rôle du haut commandement militaire et des services de renseignements des États, qui permettent l’identification et son évaluation. Sa maîtrise opérationnelle nécessite à nouveau l’intervention de l’État dans un objectif de coordination et de coopération des différents services. Car le risque encouru ne dépend pas d’un seul, mais d’une multitude d’acteurs, dont les cibles sont choisies en fonction de leur vulnérabilité, ou au contraire pour leur caractère invisible afin de prouver leurs capacités d’attaques.

L’état participe davantage aux missions de prévention et de protection du terrorisme depuis les attentats du 11 septembre 2001. Cette politique se concrétise par la mise en place d’une haute personnalité politique de la ville, ou de l’État, à la tête d’un pôle décisionnel9. Ce dernier regroupe les différents acteurs concernés par la sécurité et permet la prise de décision pertinente en amont dans le cadre des manifestations sportives. Dans le football, la  »bulle » (poste de commandement de sécurité dans un stade) en est un très bon exemple ; cependant lors de l’Euro 2016 à venir en France, il est probable que cet échelon soit dirigé à un niveau supérieur. Un tel événement sportif ne sera pas sans risque et nécessite par conséquent trois plans à développer : un renforcement des échanges d’informations et de renseignements entre les différents services ; une coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme et enfin le partage d’expériences antérieures (Euro 2012 en Pologne et Ukraine, JO de Londres).

 

La mission de renseignements passera par une étroite collaboration avec Interpol10. Celle-ci permettra l’utilisation de sa base de données pour accéder à des informations fondamentales, comme les documents d’identités volés, les empreintes digitales et les photos des individus recherchés11. D’autre part, elle permettra une coopération rapide avec les 186 États membres de l’organisation internationale.

 

Conclusion

 

Là encore, si ces dispositions sont justifiées pour certains, elles constituent pour les supporters une entrave à la liberté de circulation. Mais, on est en droit de se demander si Manuel Valls ne s’est pas contenté d’ignorer le problème au lieu de l’affronter, au risque de radicaliser une frange de supporters. D’autre part, dans un contexte de préparation de l’Euro 2016 en France, le doute sur la capacité des pouvoirs publics à gérer la sécurité des supporters lors des matchs est permis. Car, si ces interdictions veulent nous faire croire que les forces de l’ordre ne peuvent encadrer des bus de supporters. Qu’en sera-t-il quand ce seront des milliers de supporters, qui débarqueront pour les matchs de l’Euro ? Il ne sera pas question de prendre des arrêtés d’interdictions de déplacement, malgré les probables échauffourées entre supporters et hooligans des deux camps en marge de la manifestation sportive.

 

Il apparaît dès lors, que la nécessaire lutte contre le terrorisme passe, une fois encore, par des mesures spectaculaires à prendre. Car même si nous devons reconnaître que le dispositif de sécurité du stade de France n’a pas permis aux kamikazes de pénétrer au sein de l’enceinte, ces derniers ont toutefois pu circuler librement aux abords du stade ! Leurs explosifs étaient certainement programmés ne permettant pas de faire chemin inverse. Il est donc sans doute probable qu’après cet échec, les futurs terroristes chercheront d’autres méthodes pour rentrer dans l’enceinte et se faire exploser aux vus de millions de personnes par la télévision, ou bien même le faire aux entrés et sortis du match. Il reste encore six mois au ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeuneuve, pour répondre à ces problématiques urgentes.

 

1 Nicolas HOURCADE, « Supporters extrêmes en France, dépasser les stéréotypes », in Cahier de la sécurité n°11, Sport : risques et menaces, janvier-mars 2010, INHESJ, Paris, 2010, p. 170.

 

2 Guide des directeurs de l’organisation et de la sécurité dans les stades. Consultable sur http://www.lfp.fr/indexSite.asp

 

3 Jacques MERIC, « Les violences dans le football : le cas particulier du Stade de France en Seine-Saint-Denis », in Cahier de la sécurité n°11, Sport : risques et menaces, janvier-mars 2010, INHESJ, Paris, 2010, p. 182.

 

4 Les premiers stades construits étaient renfermés sur eux-mêmes à l’image d’un nid, puis les enceintes se sont ouvertes, en privilégiant des espaces ouverts et le confort du spectateur sur la volonté maximiser le nombre de places.

 

5 Livre vert du supportérisme, p. 72.

 

6 Observation lors du stage effectué au sein de la société Paris Saint-Germain.

 

7 Observation lors du stage effectué au sein de la société Paris Saint-Germain.

 

8 Sarah REZENTHEL, « Une nouvelle ère pour les Jeux Olympiques : l’ère sécuritaire, quels enjeux ? », in Cahier de la sécurité n°11, Sport : risques et menaces, janvier-mars 2010, INHESJ, Paris, 2010, p. 65.

 

9 Observation lors du stage effectué au sein de la société Paris Saint-Germain.

 

10 Interpol est la contraction de l’expression anglaise  »International Police ». Le nom complet en français est l’Organisation internationale de police criminelle (OIPC). Il s’agit d’une organisation internationale créée le 7 septembre 1923 dans le but de promouvoir la coopération policière dans le monde. Son siège est situé à Lyon, en France.

 

11 Sarah REZENTHEL, op. cit., p. 67.

Nouvel ouvrage

Chers membres, Chers lecteurs,

C’est avec beaucoup de fierté que nous vous présentons l’ouvrage réalisé par l’un de nos membres, Alexis DEPRAU :

Intelligence économique et protection du patrimoine informationnel: La protection du patrimoine informationnel des brevets et prototypes

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Le mot du président

Chers membres, chers lecteurs, chers amis,

C’est avec beaucoup de fierté et un immense plaisir que je vous accueille en cet espace virtuel dédié à ce qui nous anime et nous rassemble. Grâce à ce nouvel outil notre association va pouvoir opérer sa première mue, en ajoutant à sa fonction d’amicale des anciens du Master II Sécurité-Défense de Paris II celle d’espace de réflexion et de rayonnement.

J’ai voulu cet endroit comme le grenier de nos productions et le carrefour de nos réflexions sur les problématiques de sécurité et de défense, afin notamment que nos travaux puissent profiter à d’autres. J’espère ainsi que l’étude et l’attention dont ils pourront faire l’objet les sortiront du vœu de silence qu’ils semblent avoir prononcé sous leurs bures cartonnées et plastifiées, les feront vivre plus longtemps et leur offriront la possibilité de passer du mémoire de soutenance à la mémoire collective. Pourquoi pas…

Je souhaite également m’adresser à nos amis qui voudraient contribuer aux débats et événements qui seront ici présentés, en leur affirmant que, si les membres de notre association sont évidemment favorisés dans les accès et les publications, notre sélectivité n’est pas pour autant sectaire. Ainsi, toute proposition sérieuse de contribution est la bienvenue et pourra être publiée sur cette page après l’approbation de nos administrateurs.

Enfin, je tiens à remercier particulièrement François D. pour son dévouement et ses capacités techniques ; sans lui, ce site ne serait qu’une série de 1 et de 0 et rien n’aurait été possible. Chaque promotion a souhaité qu’une telle plateforme existe, nous l’avons imaginée et il l’a réalisée !  Merci à toi François !

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